Gibran Khalil Gibran, Le Prophète oublié du XXème siècle

Dans la série des prophètes qui se sont invités dans l’Histoire de l’humanité, Le Prophète me semble, et de loin, le plus authentique dans l’essence même du message qu’il véhicule.

La première fois que le nom de Gibran Khalil Gibran s’est infiltré dans mes oreilles, je n’avais guère plus de 9-10 ans. C’était à Thajmâat, ce lieu de rassemblement typique de chaque village kabyle où vieux et jeunes cohabitaient en harmonie, en ces temps où la tolérance n’était pas un vain mot. Les premiers distillaient leurs immenses connaissances aux seconds, et les seconds écoutaient attentivement les premiers. Même si les termes exacts de la discussion se sont dilués dans le temps, je me souviens que ça débattait de religions au moment où le cheikh marabout terminait sa prière de fin de journée et quittait les lieux pour s’en aller rejoindre son foyer en se donnant des allures de paon majestueux.

Pour mieux inspirer le caractère divin de sa mission, il ne se mélangeait pas trop à la populace. Il se contentait d’un appel à la prière. Appel auquel aucun adulte de Thajmâat ne répondait. Notre cheikh ne tarda d’ailleurs pas à appliquer la méthode de formatage importée d’Arabie, celle qui consiste à former une classe d’adolescents pour leur apprendre à réciter le Coran par cœur, et scléroser à jamais la matière grise de ceux qui se font prendre au piège.

Quand le nom de Gibran Khalil Gibran fusa de l’assemblée, j’étais convaincu qu’il était associé à un ingrédient de la salade mystique orientale. Depuis ce jour, ce patronyme était sorti de ma tête, jusqu’à ce que le hasard du rangement me mette la main sur Le Prophète, que je venais de découvrir pour la première fois, il y a deux à trois semaines. Inculture quand tu nous tiens !

La préface de l’édition signée par Amin Maalouf vous accapare immédiatement et, ne comportant qu’une centaine de pages, le texte ne résiste pas longtemps à une ingestion totale. Une fois terminé, l’envie de replonger dans sa lecture ne vous quitte plus, car Le Prophète n’est pas un livre comme les autres, il est le Livre absolu que l’on feuillète à intermittence sans que le moindre sentiment de lassitude ne vous gagne.

Cent pages c‘est peu en comparaison avec les centaines que contiennent les titres de Ken Follett, mais chaque page vaut son pesant d’or intellectuel car il est confectionné en sortes de prescriptions et de leçons de vie magistralement écrites. Chaque phrase est construite de façon à titiller vos neurones et vous faire réfléchir à la Vie, à l’Amour, à la Mort…ces thématiques classiques qui jalonnent la vie de tout être humain. D’ailleurs dans la version originale, le livre et organisé en 28 chapitres d’à peine deux ou trois pages, chacun portant un titre spécifique. Titres qui n’apparaissent pas dans la version française. Mais cela ne change pas grand-chose à la puissance syntaxique, à la justesse analytique de chaque thème. À cet égard, toutes les écritures saintes de l’univers peuvent aller se rhabiller.

Qui d’autre que l’immense Amin Maalouf peut vous le présenter ? En plus d’une préface riche de sept pages, voici ce qu’il en est écrit sur la quatrième couverture :

« Une langue limpide, des images évocatrices et fortes. À travers l’enseignement d’Al-Mustafa se dessinent quelques-uns des trésors de l’expérience humaine. Rien n’échappe à la leçon du Sage : amour, joie, liberté, douleur, connaissance de soi, beauté, couple, passion, mort…La vie la plus intime, comme les problèmes les plus quotidiens. Hymne à la vie et à l’épanouissement de soi, Le Prophète s’impose désormais comme l’un des textes cultes du XXe siècle.« 

Amine Malouf poursuit dans sa préface :

« Je ne connais pas d’autre exemple, dans la littérature, d’un livre qui ait acquis une telle notoriété, qui soit devenu une petite bible pour d’innombrables lecteurs, et qui continue cependant à circuler en marge, comme sous le manteau, sous des dizaines de millions de manteaux, faudrait-il dire, mais sous le manteau quand même, comme si Gibran était toujours un écrivain secret, un écrivain honteux, un écrivain maudit.« 

Pour lire la critique du dernier roman d’Amin Maalouf: Nos frères inattendus.

Voilà un livre que personne ne devrait se permettre de ne pas lire, voire d’en cogiter chaque soir et chaque matin que Dieu fait. D’autant que son prix est dérisoire, moins de trois euros à la Fnac.

Le Prophète devrait d’ailleurs être distribué avec chaque exemplaire de la Bible, de la Thorah et du Coran, et qu’ordre soit intimé aux Curés, aux Imams et aux Rabbins d’en extraire des extraits pour les insérer dans leurs prêches du vendredi, du shabbat, et du dimanche. Le monde ne se porterait que mieux demain.

***

Par KACEM MADANI

Auteur de « Indignations Chronique(s) » paru aux éditions Vérone en 2017, il écrit des chroniques au journal Le Matin d’Algérie.

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