L’arbre ou la maison – d’Azouz Begag : voyage au bout des racines

Après un essai sur le Hirak (révolution du peuple contre le système, née en 2019), One Two Free (éd. Erick Bonnier 2019), Azouz Begag publie son nouveau livre, un roman intitulé L’arbre ou la maison (Julliard 2021).

Incité par un soudain appel de l’Algérie, le personnage-narrateur demande à son frère Samy de l’accompagner pour passer un court séjour au pays des racines. Ils vivent en France. Samy est ce qui lui reste de famille : les parents sont morts il y a des années, enterrés dans leur Algérie natale.  « Mon frère Samy était ma dernière famille. Le temps était venu de nous réconcilier. De redevenir frères. »(p 8)

Ils arrivent à Sétif, la ville natale, et s’installent dans la maison des parents. Le personnage-narrateur décrit la ville métamorphosée par les travaux,  visite les tombes des parents et le village natal de sa mère, rencontre des amis, évoque des souvenirs lointains,  et participe même à une manifestation du Hirak ; il vit notamment  un amour  fugitif avec  Ryme, la femme que sa mère  voulait comme bru. «  C’était fait, les portes de mes racines m’étaient grandes ouvertes » ( p24)

Ainsi, le voyage au bout des racines prend d’autres détours et  fait croiser les sensations. Et si sa présence, en tant que binational, dans la foule du Hirak lui attirait-elle de sérieux  soucis ? Et si Ryme voulait-elle le garder à vie auprès d’elle ?

Le livre est une autobiographie, embellie par quelques fragments de fiction (descriptions, poésie, rêves…). Le narrateur est bel et bien Azouz Begag. Il s’agit ainsi d’une suite des précédents livres qui constituent ensemble l’autobiographie familiale, l’arbre généalogique, de l’auteur et sa famille, entamée d’abord avec Le Gone du Chaàba. Le précédent roman  Mémoires au soleil  (Seuil 2018) était centré sur la mort de son feu papa atteint par l’Alzheimer.  L’arbre ou la maison explore le dernier pilier de la famille : son frère ainé Samy; il constitue une sorte de pèlerinage au pays des racines pour concilier les deux rives, les deux versants de sa carte d’identité.

Ainsi, bien que autobiographie, le livre est une réflexion sur cette identité oscillant entre deux rives ; contrairement à ceux qui parlent de maladie d’exil, d’arrachement, l’auteur prône l’idée de richesse. C’est-à-dire, une identité qui trouve son harmonie en adoptant les deux rives ; être d’ici et d’ailleurs, l’enfant de Sétif et de Lyon.  Le retour au pays des racines permet d’apaiser la nostalgie et de « communiquer » avec les parents dans leurs tombes.«  J’étais redevenu un gars d’ici comme dans mon enfance, sur la face sud de mon identité » (p230)

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En filigrane, c’est l’Algérie qui est peinte à travers sa politique, sa société, son Histoire, ses gens, sa géographie…Les derniers chapitres sont centrés sur le mouvement du Hirak.  Celui-ci constitue par ailleurs le thème de son précédent livre (essai) One Tow Free. L’auteur transcrit LIRAC au lieu de HIRAK par soin phonologique à cause du H muet. «  C’est là (ville de Kherrata) en effet que Lirac avait pris racine. Le jour où le président grabataire avait annoncé sa énième candidature… » (p178)

L’écriture est limpide, douce, imprégnée d’un humour à la Begag ; ce dernier permet d’alléger la nostalgie, de moquer la douleur et le mal. Un humour qui guérit. « Il (chauffeur de taxi) n’avait pas grillé un seul feu rouge durant tout le trajet. Et pour cause, ils étaient tous en panne » (p280)

Le livre est également un va-et-vient entre les deux rives (Lyon-Sétif), le passé et le présent. Par son autobiographie, Azouz  Begag bâtit un pont de fraternité entre la France et l’Algérie, les deux versants de son identité.

La poésie est omniprésente. Çà et là, des vers sont insérés dans le texte. La prose est parfois très poétique, ornée par des métaphores belles et profondes. Ce caractère rend l’autobiographie une belle œuvre littéraire  car souvent ce genre est centré sur la vie de l’auteur avec une langue plate et banale.

Sobre et sensible, doux-amer, L’arbre ou la maison est un voyage au bout des racines et un pèlerinage  au fond de soi. C’est aussi un sincère hommage aux parents et aux humains vivant entre deux rives.

***

Point fort du livre: écriture poétique.

Belle citation: « Au pays des racines / a poussé un peuplier/ qui ne veut plus plier / ni jamais courber l’échine » (p 117)

L’auteur: né en 1957 en France de parents algériens, Azouz Begag est un romancier, ancien homme politique, et chercheur en -économie-sociologie.

L’arbre ou la maison, Azouz Begag, éd. Julliard, France 2021, 304p.

Par TAWFIQ BELFADEL

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