« Une terre promise » : Barack Obama à cœur ouvert

Au vu des 900 pages qui le constituent, quand on ouvre « Une terre promise », le dernier chef d’œuvre de Barack Obama, on ressent une pointe d’hésitation avant d’en entamer la lecture.

En termes de contenu, il rivalise donc avec les célèbres ouvrages de Ken Follet, et l’on se surprend à subodorer qu’un livre écrit par un politicien ne doit pas vous donner le même enthousiasme, étant donné qu’il doit être dépourvu du caractère narratif agréable qui fait des œuvres de Ken Follet des livres que l’on dévore sans discontinuer dès qu’on s’aventure à en feuilleter les premières pages.

Faux apriori que telle conclusion ! car tout autant que « La chute des géants », « Une terre promise » vous accapare rapidement. Une bonne dizaine de jours, c’est ce qu’il m’a fallu pour l’engloutir. L’écriture de Barack Obama est d’une fluidité et d’une simplicité qui ne vous laissent peu de temps morts, si tant est que vous ayez les heures et les jours nécessaires à y consacrer.

Très vite, Barack nous entraine dans les coulisses de la politique US, en mettant en relief les multiples aléas et les difficultés que doit surmonter un homme de couleur pour faire de la politique dans un pays pas encore complétement débarrassé de ses vieux démons racistes. La politique n’est pas une sinécure, loin s’en faut, mais Barack nous la retrace différemment et intelligemment, avec une humilité hors normes qui lui font avouer qu’il était le premier étonné quand il apprend que le prix Nobel de la paix lui avait été attribué, au tout début de son premier mandat. Il n’avait encore rien fait pour le mériter, se justifie-t-il. Et dire que les gangsters d’Alger avaient osé proposer Tab-j’nanou le prétentieux (Bouteflika) à cette même récompense ! Quel culot quand on y pense !

Pour réussir, un homme de couleur doit savoir « tomber sept fois, se relever huit » et faire fi de tous les coups bas de ses adversaires, pour ne pas dire ennemis. Car de l’animosité, il en règne entre les partisans démocrates et républicains. Ces derniers se positionnant souvent non pas en fonction de leurs convictions personnelles mais selon un état d’esprit qui fait que l’adversaire doit être vaincu quel qu’en soit le prix à payer en termes de réformes pourtant utiles au pays. Et, quand le sénat est entre les mains d’un GOP majoritaire, les combats pour reformer sont quasiment perdus d’avance.

À cet égard, « Une terre promise » n’est pas un livre comme les autres. Il vous fait pénétrer dans l’univers de la politique en vous détaillant les mécanismes pervers qui freinent bien souvent des réformes utiles aux classes inferieures. Fréquemment, les sénateurs républicains votent contre une loi dans le seul but de s’assurer une réélection et satisfaire leur base, souvent remontée contre le camp adverse. D’autant que les votes se font en toute transparence, avec des « nay » ou des « yea » nominatifs. Les responsables supérieurs ont donc toute latitude de jeter le discrédit et de sévir à l’encontre de ceux qui ne rentrent pas dans les rangs d’une position commune arrêtée au préalable au sommet de la hiérarchie.

Il se susurre d’ailleurs que les sept républicains qui se sont prononcés pour l’impeachment de Donald Trump n’ont pas tardé à subir des contrecoups prévisibles. Et ils sont si rares ceux qui affirment que voter des réformes utiles est plus important que de se faire réélire et accepter de vendre son âme au diable.

Eh oui, cela se passe bien aux USA et non pas en Algérie !

Concernant les différentes réformes économiques qui ont permis à l’Amérique d’éviter une dépression de même ampleur que celle de 1929 par suite des remous bancaires et de la crise des subprimes qui avait frappé de plein fouet les USA, à la fin du 2ème mandat de GW Bush, pas la peine d’être expert en économie pour comprendre comment l’équipe de chevronnés recrutés par Obama a su y remédier, redresser la barre et refaire décoller la machine économique et éviter bien d’autres désastres aux minorités les plus faibles, et qui se comptent en dizaines de millions.

En plus de dresser un schéma exhaustif des rouages de la politique américaine, « Une terre promise » est aussi un livre d’histoire contemporaine. À chaque visite effectuée dans un pays « ami », Obama en rappelle les grandes étapes historiques en y faisantdégager les faiblesses de leurs systèmes politiques respectifs.

L’un des chapitres qui captivent davantage est celui consacré à l’Arabie Saoudite. Une Histoire que nous connaissons bien, nous les « membres de la oumma », mais venant de Barack Obama, on y perçoit toute la latitude de l’arriération de ce pays condamné à suivre la piste « mystico-chimérique » de traditions héritées du VIIe siècle.

Tout au long de sa visite, Barack nous offre des anecdotes croustillantes qui démontrent que l’Arabie Saoudite ne peut pas se sortir d’affaire, ni dans dix ans ni dans quatorze siècles additionnels, eu égard à cette paralysie humanitaire propre à la plupart des pays musulmans. La raison principale étant que la moitié de la population, la femme, y est ignorée et considérée comme un objet de pur plaisir que l’on enferme dans des cités interdites. Obama décrit, non sans ironie, cette soirée organisée en son honneur par la famille royale. Une soirée où, côté américain, il y avait Michelle, son épouse (les cheveux en l’air (*), et deux de ses collaboratrices noyées dans un océan de mâles saoudiens. Soirée pendant laquelle le roi s’enorgueillit d’avoir une douzaine d’épouses et 44 petits enfants ! Elle est pas belle la monarchie Saoudienne dont nos gouvernants s’inspirent depuis Boumediene ?

Un autre chapitre captivant est sans nul doute celui consacré à la traque, l’arrestation et l’élimination d’Oussama Ben Laden. On a l’impression de lire un roman d’espionnage palpitant en suivant les mois, les jours et les minutes précises qui ont accompagné l’opération que le président voulait chirurgicale pour éviter de probables victimes collatérales. Il faut rappeler que Barack Obama avait fait de la traque d’Al-Qaeda et de Ben-Laden un engagement électoral que d’aucuns considéraient comme un simple tour de passe-passe électoraliste. Et c’est sans doute cette victoire sur Al-Qaeda et la mise hors d’état de nuire de son chef qui ont contribué à sa réélection, les américains n’ayant toujours pas digéré -et il y a de quoi quand on se remémore les images apocalyptiques- les attentats du 11 septembre 2001, lesquels avaient mis au grand jour leur faiblesse sécuritaire.

Je ne vous en dis pas plus, sinon que « Une terre promise » fait partie de ces livres à lire au plus vite et posséder absolument dans sa bibliothèque pour s’y référer quand on ne comprend pas certains mécanismes de la politique pratiquéepar nos cousins d’Amérique !

Ah si, un dernier mot ! Parmi tous les pays avec lesquels il avait interagi pendant son premier mandat, via Hilary Clinton, sa chargée de politique étrangère,est-il fait référence à l’Algérie ? Quelques mots, à peine, pour signaler qu’à la suite de ces fameux printemps arabes, l’Algérie -un pays banal et autocratique comme les autres- avait levé l’état d’exception en vigueur depuis la folie militaro-islamiste des années 1990.On se souvient du discours « choquant » de Bouteflika, en Avril 2011, juste après son premier AVC (**) et peu avant son illustre « tab j’nani », l’année suivante.

***

Références:

*: Le Matin d’Algérie

**: Le Matin d’Algérie

Par KACEM MADANI

Auteur de « Indignations Chronique(s) » paru aux éditions Vérone en 2017, il écrit des chroniques au journal Le Matin d’Algérie.

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