Un si beau diplôme! – de Scholastique Mukasonga: retrouver le père par l’autobiographie

L’avant-dernier livre de l’écrivaine Scholastique Mukasonga, Un si beau diplôme!, a été réédité en août 2020 en format poche dans la collection Folio des éditions Gallimard, publié auparavant en grand format en 2018.

Après des œuvres de fiction, romans et nouvelles, qui lui ont valu un ample  succès et le prix Renaudot en 2012, Scholastique Mukasonga publie un récit autobiographique : « Un si beau diplôme ! ».

Comme l’illustre clairement le titre, le récit est primordialement centré sur le diplôme. Pour Scholastique, un diplôme au Rwanda, son pays natal, n’est pas un simple  bout de papier : c’est un moyen pour affirmer son existence. « Ce serait ma sauvegarde, mon sauf-conduit dans les périls de cette vie, mon véritable passeport : la seule preuve que, quelque part dans la monde, j’existais » (p47)

L’auteure a passé la moitié de sa vie à courir après ce fameux diplôme d’assistance sociale. Ainsi, elle découvre l’exil et ses conséquences en passant d’un pays à l‘autre, d’une région à l’autre : Rwanda, Burundi, Djibouti, France… Scholastique a eu son diplôme, fonde sa famille, et s’installe enfin au nord de la France. 

La quête de ce diplôme pousse d’abord  l’écrivaine à peindre son enfance et  quelques souvenirs de sa vie et de son entourage. Elle raconte aussi quelques fragments historiques du Rwanda et des autres pays  voisins dont le Burundi. Par ailleurs, elle décrit çà et là des traditions rwandaises et  africaines.

L’exil qu’elle découvre et vit à cause des déplacements à la poursuite du  beau diplôme, idipolomi nziza, l’incite à réfléchir sur son identité. « C’est sans doute à Djibouti que s’est affirmé en moi le sentiment profond de mon identité : j’étais et resterais, quoi qu’il m’arrive et ou que je sois, africaine » (p 121).

À la fin du récit, Scholastique rentre de France pour un court pèlerinage au Rwanda. Un retour au nid.  Cette séquence finale décrit le nouveau Rwanda, celui d’après le génocide. L’auteure est à la fois bercée par les nouvelles images du pays qui se réveille, et déchirée par les souvenirs du génocide qui  lui a ravi ses membres de famille. « Il y a à Nyamata une autre station pour mon pèlerinage, douloureuse celle-là. L’angoisse me serre toujours le cœur quand je pénètre dans la grande église de Nyamata. Dix mille personne y ont été massacrées » (p159).

Parler de diplôme, c’est parler du père. Cet être unique qui  force et encourage sa petite  Scholastique à s’accrocher à l’école pour réussir. Le récit lui est dédié : «A Cosmas, mon père, pour qui seule l’école pouvait sauver la mémoire » (p9).

Le livre est donc un hommage poignant au père. « Cosmas, mon père, je peux dire que je lui dois deux fois la vie. (…)C’est grâce à lui que le français, qu’il ne connaissait pas, est devenu pour moi cette seconde langue qui fut mon passeport et mon sauveur. »  (pp174-175)

L’auteure rend aussi hommage à la femme rwandaise, symbole de labeur au passé et symbole du développement du pays au présent, le Rwanda d’après-génocide. En effet, tout au long du récit, l’auteure insère des séquences sur la femme, évoquant soumission, excision, résistance, courage, liberté… 

Vu sa structure et sa langue, le récit, bien qu’autobiographique, se lit tel un roman.  Un si beau diplôme rappelle aussi les écrits d’Azouz Begag, autobiographiques pour la plupart, par lesquels l’auteur  rend un grand hommage à son père, Bouzid, qui lui apprend aussi à réussir  par l’école.

Un si beau diplôme est un récit qui mêle autobiographie, histoire, mémoire, anthropologie, féminisme…C’est un hommage au père, au Rwanda, à la terre natale, à la femme africaine,  à la mémoire. Et puisque Scholastique essaie de restituer par l’écriture tout ce qui est perdu, ce récit est un livre contre l’oubli.

***

Notes:

  • Cette critique a été faite à partir de la première version du livre (Grand format, 2018)
  • Le nouveau livre de Scholastique Mukasonga a paru en mars 2020 chez Gallimard, Kibogo est monté au ciel; il sera bientôt traité dans le magazine.

Point fort du livre: l’hommage au père.

Belle citation: « Cosmas, mon père, je peux dire que je lui dois deux fois la vie. (…)C’est grâce à lui que le français, qu’il ne connaissait pas, est devenu pour moi cette seconde langue qui fut mon passeport et mon sauveur. »  (pp174-175)

L’auteure: née en 1956 au Rwanda, Scholastique Mukasonga est une écrivaine. Elle est récompensée en 2012 par le prix Renaudot. Ses romans sont publiés chez Gallimard. Elle vit en France. Son livre Notre-Dame du Nil a été adapté au cinéma par Atiq Rahimi en 2019.

Un si beau diplôme, Scholastique Mukasonga, Gallimard, France, 2018, 192 p.

Par TAWFIQ BELFADEL

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