Après un roman mêlant documentation et fiction, Maison Atlas , Alice Kaplan publie un nouveau livre encore en relation avec l’Algérie : Baya ou le grand vernissage (éd. Bruit du Monde / Barzakh 2024).
Lire la critique : Maison Atlas d’Alice Kaplan
Divisé en 21 chapitres, le livre est une biographie sur l’artiste algérienne Baya. L’auteure commence par décrire son enfance douloureuse : elle travaille dans la ferme, aide à la maison, perd ses parents très tôt, puis se fait garder légalement par Marguerite Caminat. Ensuite, Alice Kaplan retrace ses débuts de peinture et s’attarde longuement sur son vernissage à Paris, dans la galerie Maeght en 1947, qui a eu un ample succès. Elle conclut sa biographie sur le retour de Baya, son mariage et sa vie d’artiste (adulte) et mère à Blida. « Me voilà donc dans la position d’une biographie américaine à Alger, confrontée aux archives indéchiffrables d’un monde disparu » (p17)
Le livre est agrémenté de tableaux et portraits de Baya, suivis de commentaires. De grands noms côtoient celui de l’artiste tels que Si Kaddour Ben Ghabrit, le cadi Benhoura, Camus, André Breton, Picasso…
L’avantage du livre est de fournir une riche et inédite biographie sur une artiste dont ne sait pas beaucoup malgré son talent et sa notoriété internationale ; et malgré la rareté des références. Passionnée d’archives et de généalogies, Alice ne se lasse pas de glaner coupures de journaux et informations, d’aller à la rencontre de toute personne ayant lien avec Baya ou l’ayant connue…Ainsi la biographie est appuyée de références abondantes citées à la fin du livre.
Le livre est né grâce aux voyages d’Alice Kaplan à Alger marqués par de riches rencontres et discussions avec diverses personnes du monde culturel : éditeurs, journalistes, imprimeurs, auteurs…Surtout que son précédent livre, Maison Atlas est un roman centré sur les traces des Juifs à Alger.
Passionnées d’Histoire, Alice n’oublie pas d’agrémenter la biographie de Baya avec des détails historiques pour bien illustrer le contexte.« Les colons se sont emparés de la terre, les peintres du paysage » (p162.)
En plus d’une riche biographie, le livre est un hommage à une grande artiste et aussi un éloge d’un genre laissé à la marge aujourd’hui : l’art de la biographie.
Ce qui serait un certain point faible du livre, c’est le ton « trop biographique » avec des détails minutieux qui seraient « ennuyeux » pour le lecteur habitué au genre majeur du roman. S’il y avait une part de fiction à l’intérieur de la biographie de Baya (document-fiction), le livre serait merveilleux et de grand intérêt pour le lecteur ; par exemple, mettre en scène un personnage sur les traces de Baya ; en suivant la fiction-prétexte, le lecteur découvre avec plaisir la biographie de l’artiste. Une technique très utilisée aujourd’hui. D’ailleurs, cela était le cas pour le roman « Maison Atlas » : une fiction qui a pour fondement des archives et documents réels. Cependant, ce caractère n’altère en rien l’importance du livre.
Fruit d’une grande documentation, Baya ou le grand vernissage est une riche biographie et un vibrant hommage. C’est aussi le reflet de la passion que voue Alice pour l’Algérie.
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Point fort du livre: hommage à Baya
Belle citation: « Baya aura été surveillée, évaluée à chaque pas, tenue de représenter son peuple par sa posture…un symbole, chargé de promouvoir l’image de toutes les jeunes musulmanes d’Alger » p141
L’auteure: née aux USA en 1954, Alice Kaplan est universitaire, écrivaine et historienne. Maison Atlas est son premier roman vivement salué par la critique.
Baya ou le grand vernissage, Alice Kaplan, trd (anglais) par Patrick Hersant, Bruit du Monde/Barzakh, 2024.
Par TAWFIQ BELFADEL
