Le violon de Scarlet – d’Ahmed Kalouaz : la vie entre mélancolie et nature

Il s’agit du tout nouveau livre de l’écrivain Ahmed Kalouaz ; recueil de nouvelles intitulé Le violon de Scarlet.

Le recueil comprend une dizaine de courtes nouvelles. Les  fictions racontées sont diverses : de ce passionné qui va à New York sur les traces de Scarlet Rivera et son violon, jusqu’à ce patient qui comble son séjour à l’hôpital par la musique, en passant par ce veilleur de livres qui installe des petites bibliothèques dans les rues, et ces nombreuses rencontres amoureuses…«  Son violon (Scarlet)  est une ligne plantée dans les veines, elle court de la paume des mains pour s’accrocher aux cimaises des yeux » (p10).

Alors, quels sont les points communs entre ces nouvelles ? Qu’est ce qui caractérise les mots de ce recueil ?

Le recueil peint des thèmes sensibles qui explorent  la condition humaine dans sa profondeur. D’abord, il y a la mélancolie  due à la solitude, à l’absence d’amis et de proches, au poids des souvenirs…Les personnages sont souvent isolés, même en compagnie des gens : solitude désirée. «  Solitaires, nous le sommes souvent, avec nos singulières vies » (p106).

Ensuite, il y  a les rencontres nées du hasard, du miracle. L’amour est omniprésent. Un voyageur rencontre une femme dans une gare ;  un autre rencontre une touriste arnaquée par une agence de voyage ; des personnages rencontrent d’anciennes amantes…« La nostalgie, le destin, l’amour, celui qui a posé son front sur mon épaule un soir d’été » (p80).

Si les rencontres dissipent la mélancolie, la solitude reprend le dessus souvent. Par exemple, un homme rencontre son ancienne amante après des décennies mais passent la nuit chacun dans sa chambre. « (…) il était temps de regagner l’hôtel, pour m’offrir une soirée promise à la solitude » (p33).

Enfin, il y a la nature qui est une alternative, un refuge pour les personnages. Les fictions ont lieu, presque toutes, dans la campagne  française, dans des villages à la belle nature avec comme éléments de décor : montagnes, champs, fermes, animaux, rivières…Parmi les lieux réels cités : Vosges, Ardèche, Annecy…La nature permet ainsi aux personnages de panser leur mélancolie, d’être en paix avec eux-mêmes, d’exister dans ce monde imprégné de solitude. «(…) ils se glissent entre le court goulet de roches, et pour avoir enfin vue sur le plateau, et juste en face, miracle de la journée lumineuse, le collier de la chaine des Alpes… » (p44).

L’écriture  est poétique. Des phrases et des passages sont des poèmes en prose insérés  dans les nouvelles. Certains personnages expriment leur passion pour la poésie en évoquant Aragon, Mallarmé et d’autres poètes. Cela embellit davantage le recueil et attire le lecteur par la beauté des mots ; ce qui  compte c’est le comment dire et non quoi raconter. «  Un amoureux du paysage et de la marche qui portait toutes les terres du monde sous ses semelles » (p24).

Les nouvelles ont un écho universel, bien qu’elles aient lieu pour la majorité en France. Les personnages sont souvent désignés par des mots génériques (homme, femme, infirmière…) ou des pronoms personnels.

L’auteur a glissé des éléments autobiographiques sans faire de l’autobiographie ; il vit en Villeneuve-lès-Avignon connue par sa belle nature (décor des nouvelles) ; enfant déjà, il a grandi au sud de l’Isère ; sa passion pour la poésie ; hommage au père ancien tirailleur et travailleur du bâtiment… «  Mon père m’avait appris de belles choses à faire de mes mains, ce qu’il avait du connaitre pour pouvoir vivre décemment sur la Causse » (pp63-64)

Ce qui constitue le point faible des nouvelles est l’absence de chutes attirantes, le pilier du genre de la nouvelle. Elles  se présentent comme des anecdotes, des textes écrits en un trait. L’auteur donne davantage d’importance aux mots pleins de poésie et moins d’intérêt à la construction. Cependant, ce petit point faible n’altère en rien la qualité et la beauté du livre.

Bref et sensible, écrit avec une belle poésie, ce recueil de nouvelles peint la condition humaine  dans ce monde mutilé par la  mélancolie. C’est aussi un  grand hommage à la nature et à la poésie !

***

Point fort du livre : écriture poétique

Belle citation : « Les frontières se ferment comme des portes à double tour, depuis qu’une flopée de pays sont en guerre ou en ébullition. Aujourd’hui, le monde est plus frileux, la haine est de retour, malgré ce que chantaient les punks, la jeunesse est aussi au front, en première ligne pour chasser l’étranger » (p89)

L’auteur : né en 1952 à Arzew (Algérie), Ahmed Kalouaz est un écrivain , l’auteur de nombreux livres en différents genres (roman, poésie, théâtre, livres-jeunesse…). Il vit en France.

Le violon de Scarlet, Ahmed Kalouaz, éd. Le mot et le reste, France, 2021, 116p.

Par TAWFIQ BELFADEL

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