Nulle Terre Ailleurs_ de Nadia Agsous : errance existentielle à Jérusalem

Après son roman «  L’ombre d’un doute » (Ed. Franz Fanon), Nadia Agsous publie son nouveau livre intitulé « Nulle Terre Ailleurs » (Ed Maia 2023).

Le livre est préfacé par Max Vega-Ritter qui le qualifie comme « le livre d’un espoir fou ». Il s’ouvre sur des photos de portes de Jérusalem.

Paris 2022 ; une écrivaine en manque d’inspiration trouve par magie le pourvoir de l’écriture. Elle explore alors par la littérature son voyage effectué à Jérusalem en 2014.

La narratrice-personnage,  une Algérienne, se déambule dans la ville sainte, photographie des portes, et rencontre notamment des gens ; les uns humains et les autres légendaires. Certains l’accompagnent dans cette errance existentielle notamment Ariha qui porte la clé de la Mémoire dans son ventre, et ce vieux qui porte l’histoire du Peuple des Revenants Résilients.  Ainsi, la narratrice s’attarde sur le Déluge originel qui condamne le Peuple à l’errance et à l’exil.

Alors la narratrice saura-t-elle transmettre la Mémoire de Nulle Terre Ailleurs et son peuple ? Comment reconstituer la mémoire par le verbe ? Que signifient les portes qui agrémentent le livre ?

Le livre n’est pas un récit de voyage où le narrateur peint les traces de son expédition (paysages, gastronomies…). Le voyage est un « prétexte » pour explorer des thèmes assez profonds : l’humanité, l’existence, la mémoire. Nadia Agsous tente de tisser et transmettre cette mémoire par le verbe.

Le récit est aussi un hymne à l’espoir et à la paix. Pas de place à la violence dans le texte. Il s’agit d’une sorte de réconciliation de l’Histoire avec elle-même. Ainsi, le livre a un caractère humaniste. « (…) Nous œuvrons pour la paix. Nous ouvrons les portes fermées du monde » (p20).

Le rôle des photos insérées n’est pas ornemental ou fortuit. Elles contribuent à construire  par le langage visuel l’angle de l’auteure : quête existentielle-humaniste. Ainsi, aux portes fermées sur le malheur  se succèdent des portes entrouvertes sur l’espoir.

Bien que le texte ne soit pas une autobiographie, l’auteure se dit à travers sa narratrice. Nadia Agsous a déjà voyagé à Jérusalem et ce voyage fut pour elle une source d’inspiration. Ainsi, l’exil des personnages dit l’exil de l’écrivaine (Kabylie, Alger, Paris…). Bref, l’auteure a réussi à dire l’Autre et l’Ailleurs en partant de son JE.

La structure est fragmentaire, semblable à un recueil de chroniques : un ensemble de textes cohérents multipliant les voix, les tons et les genres (réalisme, fantastique, poésie, symbolisme, polyphonie, épistolaire). Ce « chaos » donne de l’importance au livre et pousse le lecteur à déconstruire-reconstruire le récit.

L’écriture est agréable, embellie de poésie qui s’insinue au sein de la prose; des vers de Darwich, des poèmes courts, des phrases pleines de métaphores. Ce caractère embellit davantage le livre et offre un double plaisir : plaisir de la quête existentielle et plaisir du Beau.

A la lisière du réel et du fantastique, embellie de poésie, Nulle Terre Ailleurs est un récit qui sauve la mémoire par le verbe. Une belle errance existentielle et humaniste.

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Point fort du livre: écriture poétique

Belle citation: « Je voulais laisser des traces de mon voyage dans la Ville sainte. Je voulais transmettre la fibre de l’espoir » (p155)

L’auteure: Nadia Agsous est une écrivaine et journaliste littéraire. Née en Algérie, elle vit à Paris. Très active dans le milieu littéraire (articles, émissions, rencontres).

Nulle Terre Ailleurs, Nadia Agsous, Ed. Maia, France, 2023.

Par TAWFIQ BELFADEL

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